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Démarche artistique

Les cordes de l'Atlas

Que se passe-t-il lorsque le fil des ancêtres se rompt ?


Les mailles se relâchent, les repères vacillent. Pourtant, quelque chose persiste — une tension invisible, une mémoire enfouie. Car une fibre isolée cède, mais mêlée aux autres, elle se renforce et devient corde.

 

Alors les cordes vibrent. Celles du violon, celles de la voix. Vocales ou frottées, elles réveillent des résonances anciennes, des échos lointains qui nous traversent autant qu’ils nous contiennent.

 

L’Atlas est à la fois montagne et cartographie. Un territoire de reliefs, mais aussi de signes, de sons, de langues et de silences. Au fil de mes voyages au Maroc, je collecte des fragments — phonèmes, chants, rythmes, paysages — que je compose comme on assemble une mémoire dispersée.

 

Dans le désert, au rythme des Touaregs, portée par les chants gnawa, sacrés ou intimes, une musique émerge. Une musique qui se déploie comme une ode au vivant, au féminin, à ce qui relie et transforme.

Je cherche une trace. Un sédiment. Une roche. Quelque chose qui témoigne d’un passage, d’une vie antérieure — toujours présente, sous la surface.

Ce projet explore d’autres manières de raconter l’exil. Il interroge nos sens, nos savoirs, lorsque les récits se frottent, se heurtent, se recomposent. Les paysages sonores deviennent alors des territoires intérieurs : des lieux retrouvés, rêvés, ou simplement reconnus — comme le parfum familier d’un souvenir qui revient sans prévenir.

« Les vies s'enroulent et se tissent les unes aux autres, telles les fibres d'une corde… » — Tim Ingold, Le passé à venir, repenser l’idée de génération

Ariane Cohen-Adad — Mont Atlas, Maroc, 2026

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